« La seule chose que j’ai faite pour le CLTB c’est d’y croire ! »

« Je n’ai rien fait d’autre pour le CLTB », dit modestement Bernard. Pourtant, Bernard est avec nous depuis le commencement, quand personne ou presque n’y croyait. C’est un de ceux qui a tout donné dans les débuts pour que le projet existe. Écoutez son aventure.

Croire à quoi ?

« Croire que certains candidats mal logés, que je rencontrais dans les immeubles sur lesquels on travaillait avec Renovassistance et Logement pour Tous étaient tout à fait capables de devenir propriétaires et que le CLTB était pour eux un tremplin possible.

Dans mon quartier aussi (Cureghem), je rencontrais toujours beaucoup de gens qui souhaitaient devenir propriétaires et qui n’avaient pas les moyens suffisants pour acheter, dans les conditions où il faut acheter à Bruxelles. Le CLTB m’est apparu comme une idée géniale ! »

Comment tu as connu le CLTB ?

« On l’a fondé ! Je faisais partie des membres fondateurs. J’ai connu Geert grâce à unarticle publié dans la revue du RBDH (Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat) à son retour d’un voyage aux États-Unisavec toute une délégationpour étudier les CLT là-bas. Bref ils sont revenus de là supers enthousiastes.

J’ai trouvé ce modèle génial. J’ai tout de suite pris contact  avec Geert, on a discuté ettout s’estenchaîné. On a passé des heures et des heures à rédiger les statuts, de la plateforme puis de la fondation… Geert a rassemblé une quinzaine d’associations militant pour le droit au logement, à travers une plateforme. C’est ainsi que le CLTB a vu le jour.  »

La seule chose qu’on avait, c’était l’’idée de faire ce que le CLTB fait maintenant.

« Et alors, avec 3 ou 4 de ces ASBL, on a vraiment planché des soirées et des soirées et discuté encore pour arriver à créer les statuts, donner naissance au CLTB ! Le modèle même, parce qu’il n’y avait encore rien du tout ici Heureusement, pour créer des statuts, il nefaut pas d’argent.La seule chose qu’on avait, c’était l’idée de faire ce que le CLTB fait maintenant, ça on l’avait déjà.

On s’est dit que la seule façon pour rendre cela possible, c’est de travailler avec la Région et c’est à Bruxelles que la spéculation est la plus nocive. C’est donc à Bruxelles qu’il faut commencer.Ensuite, on a demandé un subside régional pour pouvoir engager du personnel et aller plus loin. »

Le CLT c’était nouveau, ça avait l’air nébuleux…

« La Région a commandé une étude à un bureau pour voir la faisabilité du projet. Ils nous ont longuement questionné pour voir si c’était faisable, si c’était réaliste et voir quelles étaient les mesures à mettre en place pour que ça se concrétise. L’étude a montré que c’était réaliste.

Là, on s’est ditqu’il fallait créer une Fondation et une ASBL : les terrains appartiendraient à la Fondation et le travail serait coordonné par l’ASBL. On a hésité alors à garder la Plateforme du début, celle des fondateurs, qui ont dû abandonner leur structure pour devenir une structure tripartite avec des administrateurs venant de la Région et des représentants des candidats propriétaires et de la société civile.

Le CLTB a reçu un premier subside de 200 000 euros pour engager du personnel.Et le premier projet qui a été accepté, c’était à la rue Verheyden à Anderlecht, et la Région a accepté de financer la Fondation pour l’achat du terrain et une partie de construction.

À l’époque, j’étais Président de la Fondation et Trésorier de l’ASBL. »

Qu’est-ce que le modèle CLT apporte comme réponse à la spéculation immobilière ?

« Le CLT, par sa structure même, reste propriétaire du sol et donc limite les droits du propriétaire. Le propriétaire, ne peut pas revendre son appartement n’importe comment ou le louer, l’idée étant qu’on ne spécule pas sur un appartement construit sur le principe du CLT. Et ça, c’est une grande limitation au droit de propriété ! Mais c’est une limitation tout à fait normale, je trouve, car c’est éviter que l’on spécule. La spéculation fait monter les prix des loyers et des terrains et, donc, ça rend les logements absolument inaccessibles

Le CLT permet de garder le logement accessible pour des gens a revenus limités, et c’est la raison d’être du CLT.

J’ai un copain qui a acheté un appartement grâce à Citydev. Après 5 ans, il l’a loué, près 10 ans il l’a vendu trèscher ! Mon ami était dans les conditions et dans son droit, mais au final, il a fait une très bonne affaire sur le dos de la Région !

Le CLTB est beaucoup plus efficace dans sa manière de gérer les fonds publics. »

Là où le CLTB manque d’efficacité, c’est dans la réalisation des projets. Mais pour arriver à réaliser des projets aujourd’hui, c’est très, très dur. Devoir passer par les marchés publics, c’est lourd. »

Une habitation CLT, c’est une habitation qui est voulue et soutenue par tout un groupe. 

« Donc, tous les futurs propriétaires qui participent à un projet forment un groupe qui se réunit régulièrement. Tout le monde  se connaît et veut faire quelque chose ensemble. Et ça, c’est tout à fait nouveau aussi par rapport à l’individualisme habituel !

C’est l’autre dimension du CLT que je trouvais très positive, que le projet d’habitation est voulu et soutenu par un groupe.

Et surtout, face à l’individualisme des copropriétés en général. On a toujours l’impression, que quand on ramasse un papier dans la cage d’escalier, c’est parce que l’autre l’a laissé tomber et qu’onne devrait pas le ramasser ! Alors que quand on se connaît, on se dit : bon, je ramasse le papier, c’est bon pour cette fois. La fois suivante, quand on croise le gosse on pourra lui dire de ne pas jeter son papier ».

Être propriétaire de son logement, qu’est-ce que ça apporte aux gens finalement ?

« C’est très difficile à dire mais, en général, quand on a des enfants, on se dit que c’est notre rôle de parents de leur donner un bon logement, un abri.

La sécurité du logement est beaucoup plus grande et sur le long terme lorsqu’on est propriétaire. 


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